domingo, 24 de abril de 2011
Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire
La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.
Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.
(…)
Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,
II en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;
C'est l'Ennui! L'oeil chargé d'un pleur involontaire,
II rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
— Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère!
Correspondances
La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
L'ennemi
Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
– Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
La Vie antérieure
J’ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d’une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.
C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,
Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.
L'Homme et la mer
Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets:
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables!
Le portrait
La Maladie et la Mort font des cendres
De tout le feu qui pour nous flamboya.
De ces grands yeux si fervents et si tendres,
De cette bouche où mon coeur se noya,
De ces baisers puissants comme un dictame,
De ces transports plus vifs que des rayons,
Que reste-t-il ? C'est affreux, ô mon âme !
Rien qu'un dessin fort pâle, aux trois crayons,
Qui, comme moi, meurt dans la solitude,
Et que le Temps, injurieux vieillard,
Chaque jour frotte avec son aile rude...
Noir assassin de la Vie et de l'Art,
Tu ne tueras jamais dans ma mémoire
Celle qui fut mon plaisir et ma gloire !
Semper eadem
«D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange,
Montant comme la mer sur le roc noir et nu?»
— Quand notre coeur a fait une fois sa vendange
Vivre est un mal. C'est un secret de tous connu,
Une douleur très simple et non mystérieuse
Et, comme votre joie, éclatante pour tous.
Cessez donc de chercher, ô belle curieuse!
Et, bien que votre voix soit douce, taisez-vous!
Taisez-vous, ignorante! âme toujours ravie!
Bouche au rire enfantin! Plus encor que la Vie,
La Mort nous tient souvent par des liens subtils.
Laissez, laissez mon coeur s'enivrer d'un mensonge,
Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe
Et sommeiller longtemps à l'ombre de vos cils!
Confession
(…)
Que bâtir sur les coeurs est une chose sotte;
Que tout craque, amour et beauté,
Jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte
Pour les rendre à l'Eternité!»
J'ai souvent évoqué cette lune enchantée,
Ce silence et cette langueur,
Et cette confidence horrible chuchotée
Au confessionnal du coeur.
L'invitation au voyage
(...)
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
L'Irréparable
(...)
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés?
Dis, connais-tu l'irrémissible?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
À qui notre coeur sert de cible?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés?
L'Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L'Irréparable ronge avec sa dent maudite!
Le Revenant
Comme les anges à l'oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit;
Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d'une fosse rampant.
Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Où jusqu'au soir il fera froid.
Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l'effroi.
Spleen II - III
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
…
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
À une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit! — Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?
Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!
La Destruction
Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon;
II nage autour de moi comme un air impalpable;
Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l'emplit d'un désir éternel et coupable.
Parfois il prend, sachant mon grand amour de l'Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.
II me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,
Haletant et brisé de fatigue, au milieu
Des plaines de l'Ennui, profondes et désertes,
Et jette dans mes yeux pleins de confusion
Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,
Et l'appareil sanglant de la Destruction!
La Fontaine de Sang
Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.
À travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.
J'ai demandé souvent à des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine;
Le vin rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine!
J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles!
La Béatrice
(…)
J'aurais pu (mon orgueil aussi haut que les monts
Domine la nuée et le cri des démons)
Détourner simplement ma tête souveraine,
Si je n'eusse pas vu parmi leur troupe obscène,
Crime qui n'a pas fait chanceler le soleil!
La reine de mon coeur au regard nonpareil
Qui riait avec eux de ma sombre détresse
Et leur versait parfois quelque sale caresse.
Le Voyage
À Maxime du Camp
Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit!
lunes, 10 de enero de 2011
Amigo invisible...
La Mesa Moderna - El Doctor Thebussem
- Por algo advirtió Don Quijote que el comenzar las cosas es tenerlas medio acabadas
- humilde personalidad que, en sus cortos alcanzas, cree menos peligrosa la prosecución tranquila de un mal establecido, que la introducción impremeditada de un bien poco estudiado
- Vestir bien no es presentarse bien vestido en un baile, sino ir bien vestido todos los días; comer bien no es dar banquetes en Pascua o Carnaval, sino tener una mesa decente en los días pares y nones del año
- Es peligroso enumerar sólo los triunfos cuando alguien puede tener interés en referir las derrotas
Historia del Zapatero Bandarra Insigne Cazador de Brujas - Dr Refilando. Pufff
Secretos para Agradar - Baronesa Staffe
Siendo la costumbre una segunda naturaleza, es fácil desterrar las malas acudiendo a tiempo.
jueves, 6 de enero de 2011
Conversación en La Catedral - Vargas Llosa
lunes, 3 de enero de 2011
Poésies - Stéphane Mallarmé
Le printemps maladif a chassé tristement
L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide,
Et dans mon être à qui le sang morne préside
L'impuissance s'étire en un long bâillement.
Des crépuscules blancs tiédissent sous le crâne
Qu'un cercle de fer serre ainsi qu'un vieux tombeau,
Et, triste, j'erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane
Puis je tombe énervé de parfums d'arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à ce rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,
J'attends, en m'abîmant que mon ennui s'élève...
Cependant l'azur rit sur la haie et l'éveil
De tant d'oiseaux en fleur gazouillant au soleil.
ANGOISSE
Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l'incurable ennui que verse mon baiser :
Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.
Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M'a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité
Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.
BRISE MARINE
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
HÉRODIADE
Triste fleur qui croît seule et n'as pas d'autre émoi
Que son ombre dans l'eau vue avec atonie.
SES PURS ONGLES TRÈS-HAUT...
Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore
Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)
Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,
Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.
SI TU VEUX NOUS NOUS AIMERONS
Si tu veux nous nous aimerons
Avec tes lèvres sans le dire
Cette rose ne l'interromps
Qu'à verser un silence pire
Jamais de chants ne lancent prompts
Le scintillement du sourire
Si tu veux nous nous aimerons
Avec tes lèvres sans le dire
Muet muet entre les ronds
Sylphe dans la pourpre d'empire
Un baiser flambant se déchire
Jusqu'aux pointes des ailerons
Si tu veux nous nous aimerons.
sábado, 18 de diciembre de 2010
martes, 7 de diciembre de 2010
Correr tras el propio sombrero (y otros ensayos) - G.K. Chesterton
- El hombre es una criatura muy cómica, y la mayor parte de las cosas que hace son cómicas, como comer, por ejemplo. Y las cosas más cómicas son precisamente las que más vale la pena hacer, como hacer el amor. Un hombre que corre tras su sombrero no es ni la mitad de ridículo que uno que corre tras su mujer.
- Una aventura no es más que un inconveniente convenientemente considerado. Un inconveniente es sólo una aventura considerada equivocadamente.
- "Se sobrellevan mejor las grandes penas. Lo más agotador son las pequeñas preocupaciones." La frase, aunque tenga algo de verdad, contiene también muchas posibilidades de autoengaño y error.
- Si quiere usted percibir una felicidad ilimitada, póngase límites aunque sólo sea por un momento. Si quiere darse cuenta del modo temible y maravilloso en que está hecha la imagen de Dios, apóyese en una pierna. Si quiere reparar en la magnífica visión de todas las cosas visibles, guiñe un ojo.
- Si hay algo peor que el debilitamiento moderno de los grandes principios morales es el reforzamiento de los pequeños principios morales. Así se considera más irrespetuoso acusar a un hombre de tener mal gusto que acusarlo de tener malos principios éticos.
- Es un pecado imperdonable aburrirse. Es el pecado por el cual el universo entero tiende a ser infravalorado continuado y a desvanecerse de la imaginación.
- El plomo reúne dos elementos antagónicos e indispensables en una sustancia fascinante: es al mismo tiempo robusto y maleable, se dobla y resiste; ante una gruesa capa de plomo tenemos la misma sensación que ante el destino. Es rígido, pero cede lo suficiente para hacernos creer que acabará por ceder del todo.
- La poesía es cordura porque flota fácilmente en un mar infinito; la razón trata de cruzar el mar infinito y convertirlo así en finito. El resultado es el agotamiento mental. Aceptarlo todo es un ejercicio, comprenderlo todo es agotador. El poeta tan sólo aspira a la exaltación y la expansión, quiere un mundo en el que desperezarse. El poeta pide meter la cabeza en el cielo. Es el lógico quien trata de meterse el cielo en la cabeza. Y es su cabeza la que se parte en dos.
- En el Edén había un máximo de libertad y un mínimo de prohibiciones; pero alguna clase de prohibición resulta esencial incluso para el disfrute de la libertad. Lo mejor de un prado verde es el seto que lo rodea.
- Cada vez que alguien le dice al otro: "Dinos sencillamente lo que piensas", está dando por sentada la infalibilidad del lenguaje; es decir está dando por sentado que hay un esquema perfecto de expresión verbal para todos los estados de ánimo e intenciones de las personas.
- El hombre no puede dividirse en dos (mal y bien). El mal, al contrario del bien, tiene un poder de aislamiento, de endurecimiento frente al exterior, que hace que el hombre se vuelva ciego a las bellezas morales o sordo a los más patéticos llamamientos. Quien persigue alguna obsesión inmoral alcanza sin duda una abominable simplicidad del alma y actúa en función de un único motivo. Ese contraste entre la ciega ligereza del mal y la casi perpleja omnisciencia del bien es un problema permanente. Si me emborracho perderé la dignidad, pero si me mantengo sobre puede que siga deseando beber. La virtud tiene la pesada carga del conocimiento; el pecado a menudo tiene algo de la levedad de la inocencia.
- El libro de Job plantea verdaderamente la pregunta de si Dios castiga invariablemente el vicio con un castigo terrenal y recompensa la virtud con la prosperidad terrenal. En cuanto la gente comienza a creer que la prosperidad es una recompensa a la virtud, es evidente que la calamidad está próxima. Si la prosperidad se considera la recompensa de la virtud, se la considerará un síntoma de la virtud. Los hombres abandonarán la pesada tarea de hacer triunfar a los buenos y se dedicarán a la labor más sencilla de hacer buenos a los triunfadores.. Eso, que ha ocurrido a causa del comercio moderno y del periodismo, es la Némesis definitiva del perverso optimismo de los que consolaban a Job. A Job no se le dice que sus desgracias se debieran a sus pecados o a parte de un plan para mejorarlo. Pero en el prólogo vemos a Job atormentado no porque fuera el peor de los hombres, sino porque era el mejor. La lección de toda la obra es que las paradojas consuelan al hombre; y de acuerdo con todos los testimonios resulta de lo más tranquilizadora.
- Tener algo que decir, una opinión decidida sobre las cosas, eso significa siempre que uno carece de temor y se enfrenta a todo. Pues desde el momento en que tenemos opinión sobre el universo, lo poseemos.
- Para admirar algo hacen falta razones, para amarlo no.
- El trotamundos vive en un mundo más pequeño que el campesino. Siempre respira un aire localista. Londres es un lugar comparable con Chicago; Chicago un lugar comparable con Tombuctú. Pero Tombuctú no es un lugar, puesto que allí al menos, vive gente que la considera el universo y respira, no un aire localista, sino los vientos del mundo.
- Citas de Oscar Wilde: "La vida es demasiado importante para tomársela en serio" "Uno puede creer lo imposible pero nunca lo improbable" "Nada es tan fatídico para la personalidad como mantener las promesas, salvo tal vez decir la verdad" "Un hombre puede ser feliz con cualquier mujer siempre que no la ame" "Las buenas intenciones son siempre agramaticales"
- Hay dos maneras eternas e idénticas de contemplar este crepuscular mundo nuestro: podemos verlo como un ocaso o como un amanecer. (...) Hay ocasiones en las que nos abruma, no tanto el peso de la maldad como el peso de la bondad de la humanidad, y en las que sentimos que no somos más que los herederos de un humillante esplendor. Casi todos admiten que es bueno darse cuenta de que uno es el "heredero de todas las épocas"; mucho menos popular, pero igual de importante, es saber que a veces también es bueno reparar en que uno no es sólo un ancestro, sino un ancestro de antigüedad primordial; es bueno que se pregunte si no será un héroe y que albergue ennoblecedoras dudas sobre si no será un mito solar.
- En el libro de Job, el argumento que convence al infiel no es una imagen de la ordenada beneficencia de la creación; sino por el contrario, una imagen de su inmensa e indescifrable sinrazón. Este sencillo sentido de la maravilla ante las formas de las cosas y su exuberante independencia de nuestros criterios intelectuales y nuestras triviales definiciones es tanto la base de la espiritualidad como del absurdo. El absurdo y la fe son las dos afirmaciones simbólicas supremas del hecho de que extraer el alma de las cosas con un silogismo es imposible.
- Es más fácil comprender el cosmos que comprender el ego; es incluso más fácil saber dónde se está que quién se es. Hemos olvidado nuestro propio significado y todos vagamos por las calles sin que nadie nos cuide. Todo eso que llamamos sentido común, sentido práctico y sabiduría mundana significa tan sólo que por un irreflexivo momento recordamos que olvidamos. (...) El súbito sentido de una ignorancia sagrada y espléndida que se había abatido sobre mi alma: el enigma de estar vivo. Los santos no han descubierto la respuesta. Los filósofos ni siquiera han sabido plantear la pregunta. Pero en ese momento al menos recordé que no podía recordar.
- La principal característica de la moralidad esencial del país de las hadas es que la felicidad, allí igual que en cualquier otra parte, requiere de un objetivo e incluso de un reto: sólo podemos admirar un paisaje si estamos dispuestos a recorrerlo.
- Todos respetamos calurosamente la humildad..., de los demás. (...) Si la humildad se ha desprestigiado como virtud en nuestros días, no es del todo irrelevante señalar que dicho desprestigio ha surgido al mismo tiempo que se producía el enorme colapso de la alegría en la literatura y la filosofía contemporáneas. La gente ha resucitado el esplendor de la autoafirmación griega a la vez que resucitaba la amargura del pesimismo griego.
- El más brillante exponente de la escuela egoísta, Nietzsche, admitió, con una lógica mortífera y honorable, que la filosofía de la autosatisfacción conduce a mirar con desprecio a los débiles, a los cobardes y los ignorantes. El filósofo del ego lo ve todo, de eso no hay duda, desde un cielo elevado y rarificado; pero todo lo ve acortado o deformado.
- Suele definirse al pesimista como un hombre en rebeldía. No lo es. En primer lugar, porque para estar en rebeldía es necesaria cierta alegría, y en segundo lugar porque el pesimismo apela al lado más débil de la gente, y el pesimista por tanto, tiene una ocupación tan ruidosa como un tabernero. El que verdaderamente está en rebeldía es el optimista, quien en general vive y muere en un intento desesperado y suicida por persuadir a lo demás de lo buenos que son. Todos los grandes revolucionarios desde Isaías a Shelley han sido optimistas. Se indignaban no por la maldad de la existencia, sino por la lentitud de los hombres en apreciar su bondad.
- Todos los hombres desean creer y a menudo son tan débiles como para creer: que ellos constituyen la medida suprema de las cosas. Orgullo no es pretender hacer el bien, es pensar que algo está mal porque no parece característicamente nuestro.
lunes, 13 de septiembre de 2010
La lucha contra el demonio – Stefan Zweig
Demonio, demoníaco. Estas palabras han sufrido ya tantas interpretaciones desde su primitivo sentido misticorreligioso en la antigüedad, que se hace necesario revestirlas de una interpretación personal. Llamaré demoníaca a esa inquietud innata, y esencial a todo hombre, que lo separa de sí mismo y lo arrastra hacia lo infinito, hacía lo elemental. Es como sí la Naturaleza hubiese dejado una pequeña porción de aquel caos primitivo dentro de cada alma y esa parte quisiera apasionadamente volver al elemento de donde salió: a lo ultra humano, a lo abstracto. El demonio es, en nosotros, ese fermento atormentador y convulso que empuja al ser, por lo demás tranquilo, hacia todo lo peligroso, hacia el exceso, al éxtasis, a la renunciación y hasta a la anulación de sí mismo. En la mayoría de las personas, en el hombre medio, esa magnífica y peligrosa levadura del alma es pronto absorbida y agotada; sólo en momentos aislados, en la crisis de la pubertad o en aquellos minutos en que por amor o simple instinto genésico ese cosmos interior entra en ebullición, sólo entonces domina hasta en las existencias burguesas más triviales y, sobre el alma, reina ese poder misterioso que sale del cuerpo, esa fuerza gravitante y fatal. Por lo demás, el hombre comedido anula esa presión extraña, la sabe cloroformizar por medio del orden, porque el burgués es enemigo mortal del desorden dondequiera que lo encuentre: en sí mismo o en la sociedad. Pero en todo hombre superior, y más especialmente si es de espíritu creador, se encuentra una inquietud que le hace marchar siempre hacia adelante, descontento de su trabajo. Esta inquietud mora en todo «corazón elevado que se atormenta» (Dostoievsky); es como un espíritu inquieto que se extiende sobre el propio ser como un anhelo hacia el Cosmos. Todo cuanto nos eleva por encima de nosotros mismos, de nuestros intereses personales y nos lleva, llenos de inquietud, hacia interrogaciones peligrosas, lo hemos de agradecer a esa porción demoníaca que todos llevamos dentro. Pero ese demonio interior que nos eleva es una fuerza amiga en tanto que logramos dominarlo; su peligro empieza cuando la tensión que desarrolla se convierte en una hipertensión, en una exaltación; es decir, cuando el alma se precipita dentro del torbellino volcánico del demonio, porque ese demonio no puede alcanzar su propio elemento, que es la inmensidad, sino destruyendo todo lo finito, todo lo terrenal, y así el cuerpo que lo encierra se dilata primero, pero acaba por estallar por la presión interior. Por eso se apodera de los hombres que no saben domarlo a tiempo y llena primero las naturalezas demoníacas de terrible inquietud; después, con sus manos poderosísimas, les arranca la voluntad, y así ellos, arrastrados como un buque sin timón, se precipitan contra los arrecifes de la fatalidad. Siempre es la inquietud el primer síntoma de ese poder del demonio; inquietud en la sangre, inquietud en los nervios, inquietud en el espíritu. Alrededor del poseso sopla siempre un viento peligroso de tormenta, y por encima de él se cierne un siniestro cielo, tempestuoso, trágico, fatal.
Todo espíritu creador cae infaliblemente en lucha con su demonio, y esa lucha es siempre épica, ardorosa y magnífica. Muchos son los que sucumben a esos abrazos ardientes como la mujer al hombre; se entregan a esa fuerza poderosa, se sienten penetrar, llenos de felicidad, para ser inundados del licor fecundante. Otros lo dominan con su voluntad de hombre, y a veces ese abrazo de amorosa lucha se prolonga durante toda la vida. Ahora bien, en el artista, esa lucha heroica y grandiosa se hace visible, por decirlo así, en él y en su obra; y, en lo que crea, está viva y palpitante, llena de cálido aliento, la sensual vibración de esa noche de bodas de su alma con el eterno seductor. Sólo al que crea algo le es dado trasladar esa lucha demoníaca desde los oscuros repliegues de su sentimiento a la luz del día, al idioma. Pero es en los que sucumben en esa lucha en quienes podemos ver más claramente los rasgos pasionales de la misma, y principalmente en el tipo del poeta que es arrebatado por el demonio; pues cuando el demonio reina como amo y señor en el alma de un poeta, surge, cual una llamarada, un arte característico: arte de embriaguez, de exaltación, de creación febril, un arte espasmódico que arrolla al espíritu, un arte explosivo, convulso, de orgía y de borrachera, el frenesí sagrado que los griegos llamaron pavta y que se da sólo en lo profético o en lo pítico.
En contraposición al espíritu exaltado, arrastrado fuera de sí mismo por su propia exuberancia, frente al espíritu que no conoce límites, veo al poeta que es amo de sí mismo y que, con su voluntad humana, sabe domar al demonio interior y lo convierte en una fuerza práctica, eficaz.
La forma de la vida de Goethe es el círculo: una línea cerrada, completa, que abraza todo su ser; una eterna vuelta hacia sí mismo; la misma distancia desde su inconmovible centro hacia el infinito; crecimiento armónico de todas sus partes a partir del centro. Por eso no hay en su existencia lo que pudiera constituir un punto culminante, ninguna cumbre de producción, sino que su crecimiento es por igual hacia todas las direcciones. La vida de los posesos tiene forma parabólica, esto es, una subida brusca a impulsiva hacia una dirección fija que es siempre la superior, lo infinito; después aparecen una curva rápida y la caída repentina. El punto más alto (poéticamente y como momento de vida) está junto a la caída, misteriosamente va unido a ella. Así se comprende que las muertes de Hölderlin, de Kleist o de Nietzsche formen parte integrante de su destino. Sin su caída no se ve la forma completa de su existencia, así como no hay parábola sin la caída brusca de la línea.
Hölderlin
- Ningún poeta alemán ha tenido tanta fe en la poesía y en el origen divino de la misma como Hölderlin; nadie ha proclamado como él la división absoluta que separa a la poesía de las cosas del mundo.
- Ciertamente lo sagrado necesita, para su completa gloria, un corazón humano que lo sienta y lo reconozca, del mismo modo que los héroes sienten la necesidad de ser reconocidos y coronados de laurel.
- Así es que lo bajo se siente atraído por lo alto, pero también lo alto tiende hacia lo bajo; la Vida se eleva hacia lo espiritual, pero también lo espiritual desciende hasta la Vida. La Naturaleza no tiene verdadero sentido si no es reconocida por los mortales; si no es amada por los hombres. La rosa no será verdaderamente una rosa mientras no sea acariciada por la contemplación; no hay magnificencia en el crepúsculo si no se refleja en la retina del hombre. Así como el hombre necesita lo divino para no morir, lo divino necesita del hombre para ser realmente divino, y por eso crea testigos de su fuerza y bocas para que le canten alabanzas, bocas de poetas que lo hacen verdaderamente divino.
- Hölderlín nunca trató de apartar de sí esa melancolía, como hicieron Leopardi, Schopenhauer o Byron, proyectándola hacia un pesimismo mundano. "Soy enemigo de esa enemistad hacia lo humano que se llama misantropía", nos dice el poeta.
- Se puede aplicar a Hölderlin y a naturalezas análogas lo que Stendhal hizo reflejar en su espejo y personificó en Henri Brulard: "Ce qui ne fait qu'effleurer les autres me blesse jusqu'au sang."
- Kant perjudicó en extremo la expresión sensual, la euforia de la poesía, el libre curso de la imaginación, al quererlas llevar hacia un criticismo estético. Esterilizó las facultades puramente poéticas de todo aquel que abrazó sus teorías.
- Sólo reconozco lo que florece naturalmente; lo meditado ya no lo reconozco.
- Lo que una vez dijo Goethe refiriéndose a Byron, se le puede aplicar mil veces mejor a Hölderlin: "Cuando raciocina es un niño; sólo es grande cuando hace poesía." Pero ese niño se sienta en el banco de la escuela de Fichte y de Kant y se asfixia, desesperado, en las doctrinas que oye, de forma que hasta Schiller le ha de advertir un día: "Huya usted siempre que pueda de las materias filosóficas; son las más ingratas... Permanezca más bien cerca del mundo sensible; así no se expondrá a perder el entusiasmo."
- "La libertad, para quien sabe lo que esta palabra significa, es algo lleno de profundidad."
- "Amigo, no me conozco ni conozco nada de los hombres”
Kleist
- Una vez escribió Goethe una ironía en el álbum de un hombre de alma entenebrecida, en el álbum de Schopenhauer: Si quieres sentir la satisfacción de lo propio mérito, debes conceder mérito al mundo.
Nietzsche
- "Fórmula para la grandeza de un hombre, amor fatí; no querer ser nada diferente de lo que ha sido, de lo que es, o de lo que ha de ser. Soportar lo fatal; más aún: no disimularlo; más aún: amarlo."
- Nietzsche, eterno relativista de los valores, sabe que ninguno de esos actos de conocimiento, ninguna de esas tomas de posesión, es una verdadera posesión, un conocimiento definitivo, y que la verdad, en su verdadero sentido, nunca se deja poseer por nadie, pues "quien cree estar en posesión de la verdad, ¡cuántas cosas no deja escapar!".
- “No es la vida eterna lo que importa, sino la vitalidad eterna”
- “La serpiente que no puede mudar la piel, perece; del mismo modo, los espíritus que se ven impedidos de cambiar de opinión, dejan de ser espíritus”.
- “Si miras largo tiempo hacia el abismo, llegas a sentir que el abismo te mira a ti.”